Après le web, l’IA générative se tourne vers les livres pour grandir
Après le web, l’IA générative se tourne vers les livres pour grandir


Face à l’essor fulgurant de l’intelligence artificielle générative, le monde de l’édition se transforme. Les éditeurs commencent à négocier des contrats avec des entreprises d’IA pour protéger leurs droits d’auteur tout en monétisant leurs contenus. Cette évolution soulève de nombreuses questions sur l’avenir de la création littéraire et le rôle des auteurs dans cette nouvelle économie numérique.
Des contrats innovants pour les auteurs
Récemment, le grand éditeur américain HarperCollins a proposé à certains de ses auteurs un contrat avec une entreprise d’intelligence artificielle, dont l’identité reste confidentielle. Cet accord permet à l’IA d’utiliser les œuvres publiées des auteurs pour entraîner son modèle d’intelligence artificielle générative. En échange, l’éditeur offre 2 500 dollars par livre sélectionné pour une durée de trois ans.
Pour fonctionner efficacement, les modèles d’IA générative nécessitent un volume considérable de données. En effet, ces systèmes doivent être alimentés en contenu pour produire une variété de textes en réponse à des requêtes formulées en langage courant. L’accord entre HarperCollins et l’entreprise d’IA vise à encadrer cette utilisation tout en respectant les droits d’auteur.
Réactions variées dans le secteur de l’édition
Les réactions à cette initiative sont partagées au sein de l’édition. Certains auteurs, comme Daniel Kibblesmith, ont exprimé leur mécontentement. Sur le réseau social Bluesky, il a déclaré : « Je le ferais probablement pour un milliard de dollars. Je le ferais pour une somme d’argent qui ne me demanderait plus de travailler, puisque c’est le but final de cette technologie. »
Cette offre soulève des interrogations sur la valeur des créations littéraires et la manière dont elles sont rémunérées dans un contexte où l’IA joue un rôle de plus en plus prépondérant.
Des précédents dans le secteur
HarperCollins n’est pas le seul éditeur à explorer ce type d’accord. En mars 2024, l’éditeur de livres scientifiques Wiley a annoncé avoir donné accès à son contenu pour un montant de 23 millions de dollars à une grande entreprise technologique. Ces collaborations mettent en lumière les défis liés à l’entraînement des intelligences artificielles, souvent basées sur des données collectées sur le web, ce qui peut entraîner des violations des droits d’auteur.
Un dialogue nécessaire pour l’avenir
Pour Giada Pistilli, responsable de l’éthique chez Hugging Face, cette initiative représente un progrès, car elle permet de monétiser le contenu des livres. Cependant, elle regrette que les auteurs n’aient pas plus de pouvoir de négociation. Elle souligne l’importance d’un dialogue élargi entre les entreprises technologiques, les éditeurs et les auteurs pour établir un cadre plus équilibré.
Julien Chouraqui, directeur juridique du syndicat français de l’édition (SNE), partage cet avis. Il considère que l’accord entre HarperCollins et l’entreprise d’IA est un signe positif, car il témoigne d’un dialogue et d’une volonté d’atteindre un équilibre entre l’utilisation des données protégées et la création de valeur.
Les défis du secteur de la presse
Les éditeurs de presse ne restent pas en reste face à ces enjeux. En fin d’année 2023, le quotidien américain The New York Times a intenté une action en justice contre OpenAI pour violation des droits d’auteur, tandis que d’autres médias ont choisi de nouer des accords avec l’entreprise.
Les entreprises technologiques doivent désormais envisager des solutions financières pour accéder à des contenus de qualité. Les récents rapports indiquent que les nouveaux modèles en développement, notamment chez Google, Anthropic et OpenAI, semblent atteindre leurs limites en matière d’innovation.
Un avenir à construire ensemble
Les enjeux juridiques entourant l’utilisation des données sur internet sont complexes. Selon Julien Chouraqui, il est essentiel d’associer tous les acteurs du secteur pour construire un marché basé sur des principes éthiques. En effet, l’avenir de l’édition et de la création littéraire dépendra de la capacité des différents acteurs à collaborer et à trouver des solutions durables.
En conclusion, la négociation de contrats entre éditeurs et entreprises d’IA représente une évolution majeure dans le paysage de l’édition. Ce dialogue est essentiel pour protéger les droits d’auteur tout en permettant aux auteurs de bénéficier de la valeur générée par leurs œuvres.

Franck Ribiere
Basé en France entre Aix-en-Provence et Marseille, Franck est un informaticien passionné par l'intelligence artificielle, avec une expertise en développement logiciel web. Toujours à l'affût des dernières avancées, il s'efforce de proposer les infos les + pertinentes.






